avenir des RH

IngenieurE : quand le féminin l’emporte(ra) !

Une petite anecdote pour commencer ? 

Il y a deux semaines, la start-up allemande Pinky, fondée par deux hommes, a mis au point des gants menstruels roses qui permettent de retirer et d’emballer une protection périodique en un seul geste.

Sexiste, inutile, culpabilisante, stigmatisante… leur initiative a provoqué l’ire de nombreuses personnes menstruées, notamment sur Twitter, où le hashtag #PinkyGate a vu le jour très rapidement. Les promoteurs ont finalement décidé d’abandonner le projet clairement inutile pour les femmes et nuisible pour l’environnement.

L’échec de ce projet est en grande partie dû à une réflexion qui n’a pris en compte que le point de vue des hommes. L’histoire aura-t-elle été différente pour ces entrepreneurs si une femme avait fait partie de l’équipe ? 

Cette anecdote, qui nous fait sourire, est à rapprocher d’un fait important : seulement 22 % des ingénieur.e.s sont des femmes en Europe. Et peut-être que tout le monde — entreprises, sociétés civiles, gouvernements — y gagnerait à voir davantage de femmes embrasser des carrières scientifiques.

femme ingénieur

Faire son petit « bonhomme » de chemin

Bonne nouvelle ! Malgré une tonne d’idées préconçues qui se mettent régulièrement en travers de leur chemin, le nombre d’ingénieures augmente et c’est tant mieux !  

D’un côté, il y a les femmes qui se débarrassent peu à peu des idées toutes faites sur un monde scientifique accessible uniquement aux hommes. De l’autre, les entreprises comprennent que la mixité et la féminisation de leurs équipes techniques est un facteur d’efficacité et améliorent leur image. 

Et si l’ingénieur du future était une femme ?

L’école des femmes

Même si le rapport de force est encore clairement en faveur des hommes, la proportion de femmes parmi l’effectif d’élèves-ingénieurs a augmenté de 41 % en 25 ans, et de près de 10 % en 10 ans. Voilà qui reflète une vraie dynamique de parité dans les profils d’étudiants partout en Europe. 

Des profils très recherchés

La majorité des études sur la performance économique montrent ensuite que la diversité hommes-femmes à tous les niveaux de l’entreprise est un facteur de performance et de rentabilité : les sociétés dont le pourcentage de femmes au sein de leurs comités exécutifs est plus élevé génèrent en moyenne des résultats d’exploitation supérieurs de 55 % aux autres organisations.

Les entreprises commencent à intégrer cette donnée dans leurs stratégies de recrutement : elles recherchent de plus en plus de talents féminins pour occuper des postes techniques à fortes responsabilités.

Dans les départements R&D, les managers se sont rendu compte des résultats spectaculaires en termes d’innovation et de valeur ajoutée pour le consommateur final. Un bon équilibre femmes-hommes permet en effet de surmonter les stéréotypes et de mieux comprendre les besoins des clients.

Plus que de militantisme, il s’agit de faire preuve de réalisme : les équipes techniques à forte proportion féminine sont tout simplement plus efficaces et l’ambiance qui y règne est meilleure sur le long terme. Alors, place aux femmes au côté des hommes ! 

« Osez, ne vous posez pas de questions ! Demandez-vous : “Est-ce que j’aime ça ?” Si la réponse est oui, foncez, vous allez forcément réussir. Il faut vous faire confiance », Anne-Marie Kosky – étudiante en robotique.

It’s a man’s man’s world ?

Enracinés dans un contexte culturel fort, la plupart des obstacles qui se mettent en travers de la route des femmes ingénieures ou qui poussent certaines étudiantes à renoncer à la voie scientifique ne sont bien souvent que des vues de l’esprit. Certains blocages ou craintes sont tellement intériorisés qu’ils apparaissent comme le résultat d’une vraie réflexion, et c’est bien dommage.

Pour être ingénieur, il faut être un homme!

Et pourquoi donc ? À l’heure où le savoir technique est accessible à tous et tout le temps, cette affirmation ne tient pas une seconde. Les industriels ont un besoin accru de femmes dans leurs équipes. Se retrouver seule femme au sein d’un bureau d’étude ? Et alors ? Si vous êtes la première, c’est que vous êtes une pionnière !

Prenez-le comme une chance de jouir d’une certaine visibilité et servez-vous en pour créer des liens plus forts et plus authentiques avec vos collègues. Il existe de nombreuses femmes dans l’industrie et l’ingénierie, de nombreux parcours inspirants pour susciter des vocations ; vous pouvez en faire partie ! 

Sur la balance

Chez les femmes, le plus grand frein à la poursuite d’une carrière scientifique est la peur de ne pas pouvoir équilibrer vie privée et vie personnelle. Ou pire, de ne pas accéder à des postes à fortes responsabilités en choisissant de privilégier la vie personnelle.

À ceci, plusieurs réponses possibles. Tout d’abord, pensez-vous qu’une carrière dans la vente ou le marketing est moins exigeante en termes d’horaires et de charge de travail ? 

Ajoutez à cela que, généralement bien payées, les ingénieures ont les moyens de bien s’organiser, de faire garder leurs enfants ou d’être aidées à la maison.

Quel ennui !

Autre postulat complètement faux : les métiers d’ingénieur.e.s sont monotones et ennuyeux. Le mythe de l’ingénieur.e solitaire en blouse blanche et charlotte qui termine tard le soir a lui aussi la vie dure. Il contraste avec l’idée que l’on se fait des métiers de la communication et du marketing où l’on vole de brainstorming en rendez-vous client, et de soirée de lancement en gueule de bois le vendredi matin devant la machine à café.

Oui, mais les postes occupés par les ingénieur.e.s sont très variés et changent plusieurs fois au cours de leur carrière. Au bout de cinq ans de carrière, 28 % d’entre eux.elles exercent des métiers qui ne sont généralement pas qualifiés de métiers d’ingénieur.e.s : commercial.e, marketing, gestion, direction générale, etc.

De plus, les études d’ingénieur.e permettent de trouver très facilement un emploi : 61 % des femmes ingénieures ont trouvé leur premier emploi avant la sortie de l’école et 25 % en moins de trois mois, les autres ont trouvé dans l’année. 

Pour la soirée de lancement, on a toujours une copine qui travaille dans la com’, ne vous faites pas de souci !

Nothing without a woman

Un petite anecdote pour terminer : l’Irlandaise Alice Perry, en 1906, et la Roumaine Elisa Leonida Zamfirescu, en 1912, furent parmi les premières femmes à obtenir un diplôme d’ingénieur.e en Europe. Elles ont tracé la voie, alors pourquoi ne pas leur emboîter le pas ?