avenir des RH

J’ai été mis au placard, comment en sortir ? Chroniques du placard (1/3)

« Antoine, je n’ai pas reçu l’invitation pour la réunion de vendredi sur le nouveau projet, peux-tu me la forwarder s’il te plaît ? Comment ça, elle a eu lieu hier cette réunion ? Attends, mais je vais en parler à Patrick, c’est pas normal, ça ! Et pourquoi la réunion de lundi n’est plus dans mon agenda, d’abord ? Toi tu y es invité, Antoine ? Ah bon, d’accord, mais alors… » 

Eh oui… Dans certains cas, vous ne vous rendez pas tout de suite compte que vous avez été mis sur la touche. Et puis, soudain, vous comprenez : le regard des autres qui change, leur attitude aussi, ces comptes-rendus que vous ne recevez plus, ce projet qui commence sans vous… Tout devient limpide : vous avez été mis au placard ! 

Comment réagir à cette situation désagréable — mais qui peut arriver à tout le monde —  et qui peut être ressentie comme l’affront suprême, en gardant son calme et en élaborant une stratégie de sortie efficace ? 

Mise au placard : qu’est-ce que c’est ?

La mise au placard peut toucher n’importe quel salarié, à n’importe quel moment de sa carrière, indépendamment de ses compétences ou de ses motivations. Elle consiste, de la part d’un employeur, à ne plus fournir de travail à son salarié, ou à lui confier des missions qui ne correspondent pas à son niveau de qualification, généralement dans l’objectif de le pousser à démissionner.

Qui part à la chasse… 

… perd sa place. Certaines situations de mise au placard sont récurrentes. On observe par exemple que des salariés peuvent être mis à l’écart lorsqu’ils réintègrent leur entreprise après une longue absence (congé maternité, maladie longue durée), ou durant leurs dernières années en poste précédant leur retraite. D’autres facteurs peuvent également favoriser les mises à l’écart de certains salariés, comme un changement de direction dans l’entreprise, une modification de ses orientations ou une restructuration interne.

Parano, moi ? 

Si vous pensez que vous êtes mis au placard, la première chose à faire est de vous en assurer à 100 %. Ne pas obtenir la promotion tant attendue en fin d’année ne signifie pas que vous êtes écarté du « game« . Personne ne vous dira : « À partir d’aujourd’hui, tu es au placard. » Certains signes, toutefois, ne trompent pas. Si la plupart des affirmations suivantes s’appliquent à votre situation, vous êtes effectivement mis à l’écart. 

  • On « oublie » de vous convier à des réunions. Dans celles où vous êtes invité, vos projets passent en dernier. La plupart du temps, ils ne sont pas abordés.
  • Vous n’êtes même plus en copie de certains e-mails importants.
  • La porte de votre patron vous était toujours ouverte. Désormais, il n’a pas le temps de vous recevoir et repousse sans cesse vos rendez-vous.
  • Votre patron rencontre vos collaborateurs sans vous en informer.
  • On vous propose une mission « stra-té-gique », mais mal définie et dépourvue de véritable enjeu pour l’entreprise.

Sachez que la première réaction des placardisés est le déni. Alors, si vous avez tendance à vous enfouir la tête dans le sable quand les choses vont mal, relisez une nouvelle fois la liste ci-dessus. Être honnête avec soi-même sans tomber dans la paranoïa, c’est la première étape pour sortir du placard ! 

À qui la faute ? 

C’est une bonne question. En tant que salarié, vous êtes tenu par certaines obligations, tout comme votre employeur. Tout est écrit dans ce fameux contrat de travail que vous avez signé en arrivant. En effet, si le salarié a l’obligation d’accomplir correctement les tâches qui lui sont confiées, de respecter ses horaires, l’employeur a, quant à lui, l’obligation de payer le salaire, mais aussi de fournir du travail à son salarié. Dès lors, la mise à l’écart qui se manifeste par une absence de travail donné au salarié peut constituer une faute de l’employeur. 

Cependant, prouver une mise au placard effective est une tâche des plus ardues. Il n’y a souvent pas de preuve tangible de mise à l’écart, si ce ne sont des comportements qui changent et des missions moins intéressantes. 

« Être au placard, c’est être débranché de l’entreprise, comme mis aux oubliettes. On regarde les collègues travailler mais sans pouvoir participer aux projets collectifs. » Dominique Llhulier, auteur de Placardisés, des exclus dans l’entreprise.

Si vous êtes désormais certain d’être mis au placard pour des raisons qui ne dépendent pas de vous, voici notre petit guide de survie en milieu hostile.

La pire chose à faire ? Se renfermer sur soi-même ou démissionner

Tout le monde vous a déjà enterré, alors ne faites pas le mort ! Accepter la position dans laquelle on souhaite vous placer n’est pas la bonne manière de vous défendre. Démissionner, c’est vous mettre dans une situation délicate, puisque vous n’avez probablement pas pris le temps de penser à votre défense.

La meilleure chose à faire ? Se mettre dans la lumière et trouver des alliés ! 

Soyez partout pour être hors d’atteinte. Faites votre publicité, vantez vos mérites, multipliez les contacts avec vos collègues des différents services. Il convient avant tout de ne pas vous démobiliser et de rester aussi actif que possible au sein de l’entreprise en recensant les personnes qui peuvent vous venir en aide ou témoigner en votre faveur.

D’ailleurs, petit conseil pour la suite de votre carrière par Sandra Sadat, coach chez Human Leader : « Le point commun des placardisés est de n’avoir pas fait assez de “marketing personnel” en participant, par exemple, à des projets emblématiques qui leur auraient permis de se faire connaître dans l’entreprise. »

Moins facile de faire disparaître un cadre « visible” » qu’un autre œuvrant dans l’ombre… « Ils n’ont pas non plus créé d’alliances avec des collègues suffisamment haut placés pour être “protégés” », poursuit-elle.

Par ici la sortie ! 

Sans perdre vos moyens, la meilleure des stratégies reste sans doute le dialogue avec votre employeur. Une guerre larvée aboutira sans doute à votre défaite, mieux vaut prendre un rendez-vous avec votre N+1 ou votre responsable RH (ou les deux) afin de faire le point sur votre situation. Vous devez arriver avec des questions pertinentes et des propositions pour la suite. L’objectif est de formuler des propositions fondées sur votre expérience, vos compétences, votre motivation et d’exposer, de manière factuelle, votre adéquation avec les besoins de l’entreprise : que puis-je apporter ? Pourquoi ferai-je l’affaire ? Tout n’est peut-être pas perdu !

Rien ne va plus

Si vous constatez au contraire que tout est fini entre vous et votre employeur, envisager un départ à l’amiable est la meilleure solution. En fonction de votre ancienneté et de votre convention collective, une prime de départ peut être envisagée. Dans tous les cas, donnez-vous une deadline au-delà de laquelle vous irez négocier votre départ. Il en va de votre santé, mais aussi de votre employabilité. Plus vous resterez au placard, plus il vous sera difficile d’illustrer vos compétences auprès d’un futur employeur.

Rester au chaud ? 

Bon, ce n’est sans doute pas le meilleur conseil à vous donner, mais j’ai un ami qu’on a mis au placard il y a cinq ans. Il occupe un poste assez élevé dans son entreprise et gagne le salaire qui va avec. Mais voilà, la grande « réorganisation stratégique » l’a définitivement mis sur la touche. Le licencier coûterait cependant très cher à son employeur.

Sur le papier, il est directeur marketing international, mais en réalité, cela fait belle lurette qu’il n’est plus convié aux réunions importantes et qu’il ne prend plus part aux décisions importantes. Il en a pleinement conscience, mais il en a pris son parti. La journée, il s’occupe un peu comme il veut, en répondant à ses e-mails et en se rendant un minimum visible en interne. Il termine tous les jours à 17 h, ce qui lui a permis de devenir ceinture noire de karaté (sa passion). Ses week-ends commencent le vendredi à 15 h et il est toujours disponible pour aller déjeuner avec moi en semaine !