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Joyeux anniversaire : Un an de télétravail

Il y a des anniversaires que je n’aime pas fêter. Le mien par exemple. Je suis née le 6 juillet. En plein milieu des vacances scolaires. Mes camarades de classe ne sont jamais venus passer l’après-midi à jouer dans le jardin. Ils ne m’ont jamais vu souffler les bougies ni ne m’ont chanté « joyeux anniversaire ». Soit c’est ma famille qui partait dans le sud de la France ou de l’Italie, soit c’était eux qui partaient en vacances bien loin de Bruxelles.

Le rituel des années qui passent ne concernait qu’un petit comité : mes parents et mon grand frère. Une part de gâteau chacun, la lumière qui s’éteint à la fin du dîner et sûrement un paquet cadeau avec un joli ruban. Mon parrain m’envoyait une carte postale qui arrivait en août.

Et le reste de l’année, tout le monde de me demander – la maîtresse y compris – quand est-ce que j’allais fêter mon anniversaire ? Et pourquoi je n’invitais jamais personne ? … Le comble de la frustration pour un jeune enfant qui mérite d’être le centre de toutes les attentions juste un jour dans l’année. 

Peu à peu, ces semblants de festivités estivales m’ont rendue insensible aux fêtes d’anniversaires. À commencer par la mienne. Puis mon esprit a rapidement relégué les armistices, fêtes nationales, les commémorations, et surtout les anniversaires de mes amis ou des membres de ma famille dans les limbes d’un oubli volontaire, assumé, presque revendiqué. 

Personne n’a pensé à moi pendant toutes ces années, je ne vois pas pourquoi je devrais me souvenir d’eux maintenant ! 

S’il y a un anniversaire que je n’aime pas fêter, c’est donc le mien. Je n’aime pas les 6 juillet. Mais cette année 2021 est différente, ce mois est différent, ce jour l’est encore plus. Nous sommes le 18 mars 2021, il est 9h30 du matin et je suis en train de rédiger ce billet d’humeur en cette date fatidique qui me met de très mauvaise humeur parce que c’est la date anniversaire du début du confinement. 

Oui, cela fait un an exactement que la Belgique, l’Europe et le reste du monde ont fermé boutique. Mais alors que fête-t-on vraiment ? Que doit-on célébrer ? La fermeture des restaurants, l’impossibilité de sortir ou de voir ses amis ? 

Partout dans les journaux, à la radio et sur le web, les médias en font des tonnes en matière de rétrospective : première vague, confinement, « souvenez-vous », changements des habitudes, télétravail, interdictions, restrictions, couvre-feux, seconde vague, dépression, liberté, vaccin ; tout y passe et tout le monde s’en donne à cœur joie. On a presque l’impression que certains éditorialistes se réjouissent de ce 18 mars 2021. Enfin quelque chose à dire, « une date importante pour la Belgique », « un jour à marquer d’une croix blanche », le « début d’un long feuilleton dont la prochaine saison… » 

Pour ma part, je fête aujourd’hui un an de télétravail forcé. Un an de tête-à-tête avec mon écran d’ordinateur. Un an à regarder pousser le petit cactus qui orne la table qui me sert de bureau. Mon quotidien est fait de conférences sur ZOOM, de fichiers partagés, de plats préparés et de séances de gym, sur le tapis du salon, de séries à moitié regardées. Un an sans voir mes amis, sans aller à un concert ou voir une pièce de théâtre. 

Au début, je trouvais ça bien, le télétravail. Plus d’open-spaces, plus de chef sur le dos, plus de réunions qui ne servent à rien et le café est bien meilleur ici qu’au bureau. Et puis je n’arrivais plus en retard le matin. Le premier mois je me suis dit que ça ferait une bonne expérience et qu’on en rirait dans quelques semaines, voire quelques mois…. Mais le problème c’est que ça n’a pas duré que quelques mois. 

Il y a un an déjà. C’était presque le printemps, les semaines et les mois défilaient , et toujours le télétravail, toujours le confinement, toujours mon chef sur Zoom, mes amis sur Skype et ce petit cactus sur la table qui me sert de bureau. J’ai commencé à me lasser de cette vie d’ermite, de ce peu de socialisation et de ce travail en solitaire. 

Je regardais la Route du Rhum – cette grande régate autour du monde – sur YouTube en essayant de me comparer à ces navigateurs/trices humbles et courageux qui s’embarquent pour 3 mois de solitude extrême et de tempêtes sur des flots déchaînés. Mais rien dans mon quotidien ne parvenait à me faire sentir brave ou courageux. Je crois que je commençais à déprimer un peu. 

Et puis le mois de juillet est arrivé. Comme à l’accoutumée, je n’ai pas fêté mon anniversaire. J’ai trouvé ça normal, enfin presque. En réalité, même si j’avais voulu fêter mon anniversaire en 2020, je n’aurais pas pu. Et après tous ces mois d’isolement, je dois admettre que cela aurait été l’occasion rêvée de renouer avec la vie sociale , les copains et les apéros. L’occasion de s’amuser un peu pour une fois.

Alors pour 2021, je ne demande qu’une chose : s’il vous plaît, arrêtez de fêter les années de confinement et de télétravail,  et pour une fois laissez-moi fêter mon anniversaire avec mes amis !