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Blue Monday : comme un mardi ?

Alors comme ça, le jour le plus déprimant de l’année serait un lundi ? Il paraît même que l’on doit cette « extraordinaire » découverte au scientifique Cliff Arnall, qui a calculé que le jour le moins heureux des 365 jours de l’année est le troisième lundi de janvier. 

Il s’est basé sur un modèle qui a été modifié par la suite, [C+(D-d)] * TI / MN * a, et qui est censé correspondre à une série de paramètres qui, ensemble, déterminent la façon dont nous serons heureux pendant la journée : une pseudo-équation mêlant entre autres la météo, le salaire et la motivation individuelle…

Ah… ce besoin qu’a l’homme de vouloir tout rationaliser, de mettre son bonheur en équation ! 

Et puis, j’ai continué mes recherches et je me suis rendu compte que c’était encore pire que ça ! Le Blue Monday est surtout le nom d’une campagne publicitaire, lancée en 2005, par la chaîne de télévision britannique Sky Travel. Le but était alors d’inciter les téléspectateurs à réserver leurs billets d’avion durant le mois de janvier pour lutter contre la déprime grâce au fameux calcul du psychologue.

Cliff Arnall, notre pseudo-savant, aurait en effet été grassement payé par des pseudo-génies du marketing pour signer cette formule de son nom… et pour faire en sorte que le jour le plus triste, le plus sombre de l’année tombe — comme par hasard — un lundi. 

Ah… ce besoin qu’a l’homme de tout mettre en boîte, de tout packager, tout commercialiser ! 

Il ne restait plus donc qu’à trouver un joli slogan, un concept ou un hashtag, comme on dit aujourd’hui. Quelques séances de brainstorming plus tard, nous avions là réunis tous les ingrédients de la sauce marketing pour donner naissance à notre fameux Blue Monday

Fantastique prophétie autoréalisatrice prête à inonder l’espace médiatique et commercial de la manière la plus sournoise qui soit, une expérience de Asch à l’échelle planétaire, un processus d’auto conformisme grégaire qui nous fera tous dire lundi prochain: « Tiens, moi aussi je me sens un peu déprimé ce matin, ça doit être à cause du Blue Monday… »

Dans un monde moderne qui pourrait presque à lui seul se résumer par cette insatiable et donc impossible quête du bonheur individuel, que penser de cette presque injonction mercantile à se sentir malheureux ? 

Sois triste, oui je le veux !?

Ah…l’homme et ses contradictions, c’est ce qui fait sa richesse et ce qui parfois le rapproche de l’absurdité la plus totale ! 

Et quelle est la suite ? Si ça continue, on va se mettre à colorier les autres jours de la semaine, chacun avec une couleur différente. Nous avons déjà le Black Friday, la « fête » des achats. À quand le Purple Sunday, ou le Pink Tuesday ? Je vous laisse brainstormer sur les thématiques éventuelles, on en parlera lundi prochain si le coeur vous en dit.

Bon, je vous avoue qu’en commençant à écrire cet article, je me suis promis de vous épargner le sempiternel discours sur le bonheur au travail, la quête de sens qui devait servir de jolie conclusion à cette chronique désenchantée.

Comment conclure, alors ? Je ne peux vous laisser comme ça — c’est lundi, après tout — sans rien d’autre qu’un ciel d’hiver si bas qu’il vous donne envie de courber le dos, une boîte mail qui déborde et un gobelet de café froid qui fait des ronds sur votre bureau.

Mais désenchanté ne veut pas dire pessimiste, sans espoir ou sans recours.

Pour le « bonheur au travail », donc, parlez-en plutôt à votre chief happiness officer, à votre psy, à votre boîte de mouchoirs en papier ou allez faire une partie de baby-foot dans la salle de pause en grignotant des bonbons Haribo, je ne suis pas la personne indiquée. 

Car pour les mélancoliques chroniques — dont je fais sans doute partie —, les vrais faux loosers et les aspirants malheureux, être heureux, là, comme ça, c’est trop demander. 

Et le problème, ce n’est pas seulement le Blue Monday, ce sont tous les autres lundis, et même tous les autres jours de la semaine ! De toutes les autres semaines, même.  

Pourquoi faudrait-il attendre le troisième lundi de janvier pour se sentir déprimé ? Qui est à l’abri d’un petit coup de blues ? Même pas vous…

Alors, plutôt que d’opposer un refus d’obtempérer à cette perpétuelle injonction au bonheur, je vous propose un entre-deux salvateur et vivable : devenir les humbles ambassadeurs d’un optimisme qui prône résolument la bonne humeur. 

La bonne humeur, c’est plus accessible, et c’est beaucoup plus communicatif, ça se partage plus facilement. C’est le repaire ultime d’un optimisme prudent, dans un monde où les mots « bonheur » et « bienveillance » ne sont plus que les étendards tourmentés de valeurs universelles trop souvent contrefaites. 

Voici même quelques résolutions pour entretenir la bonne humeur au bureau cette année : 

– une parole ou un petit geste sympa tous les jours au bureau. Par exemple, ne plus répondre « Ça va » quand on vous dit « Ça va ? » ; bref, s’intéresser un peu plus à ses collègues. La bonne humeur, c’est comme le blues, c’est contagieux ! 

– instaurer ou entretenir des rituels : pause café, tour des bureaux le matin, déjeuner d’équipe, galette des Rois, petit-déjeuner… Tout cela participe à entretenir de bonnes relations entre collègues et à maintenir une bonne ambiance ;

-jouer franc-jeu : s’il n’est pas toujours évident de dire ce que l’on pense ou de soulever un problème, en parler rapidement permet de crever l’abcès et d’éviter que l’ambiance tourne au vinaigre à cause de non-dits ;

-oublier les mails ou WhatsApp de temps en temps : se déplacer et communiquer IRL (in real life) avec ses collègues d’autres services est parfois salvateur et évite les malentendus ;

-une bonne résolution personnelle pour se sentir bien le plus souvent possible : lire davantage, faire du sport, appeler sa grand-mère plus souvent, ne plus envoyer de messages à son ex, prendre des cours de dessin… Enfin, vous avez compris…

La bonne humeur, c’est un sourire aux lèvres, et c’est déjà pas si mal. Pour moi, c’est suffisant ! 

Pour conclure — pour de vrai, cette fois —, je tenais à partager une information rassurante pour tous les irréductibles du « blues du lundi matin ». Il paraît que de nombreuses études — de vraies études, cette fois — ont montré que la semaine de quatre jours rend les gens plus efficaces et plus épanouis au travail. 

Plus de lundi, plus de blues ! Comme ça, quand on vous dira « Comment ça va ? » en début de semaine, vous pourrez répondre : « Comme un mardi ! »  En espérant que cette bonne nouvelle vous mette…de bonne humeur !