avenir des RH

L’herbe est-elle plus verte ailleurs ? (1/3) – Pourquoi les meilleurs salariés démissionnent-ils ?

« Salutations, Monsieur, Madame,

Veuillez accepter ma démission

Là comme ça, scotchée sur tes lunettes 

de champion mondial du dentifrice,

Hé patron, prends ça dans ta trompe

Démission unilatérale, démission sans préavis

Démission sans putain de pointage au chômage

Démissions point final ! »

Démission

Un petit conseil, ne vous inspirez surtout pas des paroles de cette chanson du groupe parodique Les Vilars quand viendra le jour de rédiger votre lettre de démission. Elle porte le juste titre de « Démission », mais pas sûr que votre futur ex-employeur apprécie beaucoup cette critique en creux du monde du travail et du système capitaliste.

Mais même sur un mode plus sérieux, les managers ne sont jamais à l’abri de voir atterrir sur leur bureau, la lettre de démission de l’un de leurs meilleurs éléments. Beaucoup d’entre eux n’hésitent pas à aller voir si l’herbe est plus verte ailleurs.

On dit souvent que quitter son emploi, c’est d’abord quitter son chef. Mais les raisons qui font que les meilleurs salariés d’une entreprise aient envie de quitter le navire sont beaucoup plus complexes. 

Parce que c’est trop difficile 

Les managers se trompent parfois en croyant à tort que leurs meilleurs éléments ont des facilités à mener à bien leurs missions et atteindre leurs objectifs. Deuxième erreur classique : on en demande davantage aux meilleurs… puisqu’ils sont meilleurs, justement.

Mais exceller dans son métier n’exclut pas les difficultés, la pression et le stress. Combien de jeunes prodiges et de jeunes champions sportifs, que l’on croyait promis à un bel avenir, ont soudainement craqué sous le poids d’une trop forte pression sans jamais trouver la force de revenir au plus haut niveau ? Si la quantité de travail exigée est exagérée, le salarié peut voir ça comme une sanction à son égard et cultiver un certain ressenti.

Dans le monde du travail, qui aime catégoriser les concepts, on regroupe toutes les pathologies liées au stress intense sous le terme de “burn-out”. Cramé, brûlé, essoré, terminé. Mais avant d’en arriver à ce cas extrême, beaucoup de salariés souffrant de stress dû à la pression du travail à accomplir ou d’un manque de reconnaissance n’hésitent pas à prendre la clef des champs. 

Parce qu’on s’ennuie ! 

L’ennui, ce n’est pas ce que l’on croit. On se représente souvent le salarié à la limite du « bore-out », assis à son bureau, le regard dans le vague ou passant deux heures en pause déjeuner. Mais en réalité, il y a toujours quelque chose à faire dans une journée. L’ennui vient très souvent du manque de perspectives d’évolution de poste ou de missions peu variées. 

Très vite surviennent la perte de motivation et le sentiment d’être inutile. Je me rappelle d’un de mes collègues qui a donné sa démission en avouant, lors d’un pot de départ informel : « Je suis trop bien payé pour ce que je fais, mais pas assez pour ce que je m’ennuie. » Rien de pire que l’immobilisme et le manque de challenge.

Promesses non tenues

C’est comme dans un couple, la vie à deux devient compliquée quand l’un des conjoints ne respecte pas « le contrat ». Un manager qui manque à ses obligations, et c’est la sortie de piste assurée. Car promettre, en tant que chef, c’est se mettre dans une position potentiellement délicate : soit la promesse est tenue et tous les salariés sont contents, soit elle ne l’est pas et la perte de confiance qui s’ensuit peut avoir l’effet d’un raz-de-marée sur les effectifs.

On a déjà vu des équipes de commerciaux entièrement décimées car le barème de paiement des primes n’avait pas été respecté. Un dû est un dû, les commerciaux ne travaillent pas pour le sourire du patron. Et, en général, ce sont les meilleurs commerciaux qui partent en premier, puisque c’est à eux que revient l’essentiel du montant des primes !

Bonjour l’ambiance ! 

Comme disait Aristote, « l’homme est un animal social ». Les gens ont donc besoin des autres pour exister. Si certains salariés arrivent à faire fi de la bonne ou mauvaise ambiance qui règne dans un open-space ou un entrepôt, la plupart d’entre eux ont besoin d’une atmosphère de travail saine et bienveillante pour s’épanouir et accomplir au mieux leur mission. 

Une culture d’entreprise malsaine ou un manque d’intégrité et d’éthique au sein d’une organisation est une bombe à retardement. Les rapports humains sont très vite faussés et ceux qui souhaitent se sortir de cette psychose collective mettent les voiles vers des horizons plus sereins. 

Quand le bateau coule…

Une entreprise en difficulté, c’est triste. Mais c’est aussi une entreprise qui va sans doute opérer une compression du personnel dans les prochains mois. Pour les salariés, l’horizon s’obscurcit et le réflexe de survie, c’est de postuler ailleurs pour se rassurer. Et, comme d’habitude, ce sont les meilleurs qui partent en premier, puisqu’ils ont davantage de facilités à valoriser leur parcours. 

Erreur de casting 

C’est l’histoire de l’ingénieur commercial qui se retrouve agent de maintenance. C’est l’histoire du commercial « avant-vente » qui n’est jamais convié aux tournées-terrain. Des histoires comme celles-ci, il y en a des milliers. L’erreur de casting explique jusqu’à 15 % des démissions chez les cadres supérieurs, selon une récente étude du cabinet Forrester. Une démission induite par le recrutement lui-même, paradoxale mais tout à fait logique. Parfois, le manager n’a pas su recruter la bonne personne au bon poste. Ça arrive. Parfois, c’est le candidat qui, lors des entretiens, s’est un peu voilé la face en déformant la réalité afin de « cocher les cases » et d’obtenir le poste convoité. Un problème d’embauche qui repose sur une mauvaise analyse des compétences et du profil requis.

Manque d’autonomie

En politique, on appelle cela l’indépendance ou la souveraineté. Dans une entreprise, on parle d’autonomie. Les employés qui ne bénéficient pas de suffisamment d’autonomie décisionnelle sont plus susceptibles de donner leur démission. Ne pas pouvoir décider, c’est risquer de se sentir dépossédé de son travail, déresponsabilisé, voire infantilisé. Pour un manager, l’équilibre entre autorité, contrôle et autonomie est difficile à trouver. Faire confiance à son équipe et la responsabiliser est une des premières pistes de réponses à apporter. 

Et l’argent, dans tout ça ? 

C’est le dernier point abordé dans cet article, mais c’est la première cause invoquée lors d’une démission. Plus de la moitié (53 %) des personnes interrogées par OpinionWay sur ce sujet répondent donc « le salaire », suivi par le « souhait (non exaucé) d’une promotion » (35 %). Même si l’argent ne fait pas le bonheur, c’est tout de même une priorité pour la plupart d’entre nous. 

Et puis, il y a ceux qui ont gagné à la loterie nationale et qui sont partis s’acheter une île dans les Caraïbes ou un ranch en Argentine. Mais il s’agit d’exceptions, ne soyons pas jaloux !

* Dans le prochain article de la série  “L’herbe est-elle plus verte ailleurs?” , nous nous intéresserons aux meilleures façons de fidéliser ses meilleurs talents.

Stay tuned … on Betuned !